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23122021
Le quartier de la Guillotière, dans le 7e arrondissement de Lyon, ne cesse de faire parler de lui dans les médias, locaux comme nationaux. Un quartier jugé trop « instrumentalisé par les médias », selon les élus de la Ville et de la Métropole de Lyon, qui proposent des solutions de long terme pour apaiser la Guillotière… sans forcément convaincre. 

Découvrez sur l'Arrière cour les 5 pistes pour apaiser le quartier de la Guillotière, dans cette édition spéciale de L’Arrière-Cour écrite par Julia Blachon et illustrée par Guillaume Long.
Kiosque : à Lyon, "L'arrière cour" explore 5 pistes pour apaiser le quartier de la Guillotière Larrie10
« On se croirait dans le tiers-monde ici », « les habitants vivent un enfer », « les terrasses sont inaccessibles aux femmes », « les trafiquants de drogue viennent même soudoyer les commerçants en leur expliquant qu’ils doivent payer une rançon, sous peine de leur casser leur vitrine »… Invité le 24 novembre à parcourir le quartier par un Jean-Marc Morandini en mal de buzz, Jordan Bardella, le président du RN, ne s’est pas fait prier pour offrir aux caméras de CNews ce qu’elles étaient venues chercher et faire de la Guillotière la caricature d’un quartier à l’abandon. 
Protégé par deux compagnies de CRS des manifestants antifas et des « Daltons » que la production avait elle-même contactés, Jean-Marc Morandini s’est pris à son propre jeu, convaincu qu’il était devenu un véritable reporter de guerre et félicitant le président du parti d’extrême-droite pour « le courage » qu’il a témoigné en l’accompagnant dans cette zone de « non-droit ». De retour à Paris et fort de cette expérience, il pouvait désormais donner des leçons depuis ses studios en haussant la voix contre le député LREM Thomas Rudigoz, qui avait eu le culot de qualifier l’émission de « honte » sur les réseaux sociaux : « C’est facile, quand on est au chaud sur sa banquette à l’Assemblée nationale, de dire que ce qui est fait dehors n’est pas bien. (…) C’est quoi vos résultats ? C’est ce qu’on a vu hier, vos résultats ? »
À CNews, ce sont désormais les journalistes qui enfourchent le cheval de l’antiparlementarisme, avec une vigueur que n’osent plus manifester les candidats du RN. Et ça marche apparemment, puisque Morandini se vantait sur son blog d’un « énorme succès » d’audience, avec « 10% de part de marché », faisant de CNews la « première chaîne de France »… à un horaire où pas grand monde ne regarde la télévision. 
Cela n’arrange toutefois pas la situation de la Guillotière, qui a traversé une période particulièrement difficile. Revers de la médaille : si les commerçants et habitants du quartier avaient pu voir d’un bon œil un regain de médiatisation apte à attirer l’attention de pouvoirs publics sans doute pas assez réactifs jusque-là, ils déplorent désormais la mauvaise réputation faite au quartier et redoutent que cela aggrave les difficultés qu’ils peuvent rencontrer.
L’Arrière-Cour a attendu que la tension médiatique retombe pour retourner à la Guillotière et lister les solutions possibles pour l’« apaiser ». Car si l’imposante présence policière, qui avait démarré avant l’émission de CNews, a provisoirement rendu les problèmes moins visibles, elle n’a certainement pas tout réglé.
1. Sécuriser le quartier
À la Guillotière, la réouverture des commerces et l’organisation d’événements culturels et festifs sont peu à peu venus remplacer le marché sauvage de la misère, les vols et agressions ainsi que les ventes de produits illicites. Le quartier fait en effet peau neuve depuis l’arrivée des policiers, en novembre dernier, sur la place Gabriel-Péri, selon Julien Deschamps, président de l’association des commerçants de l’axe Saxe-Gambetta. La préfecture avait en effet disposé « 30 CRS supplémentaires » sur la place Gabriel-Péri, mais aussi « 20% de policiers municipaux supplémentaires », ce qui a permis « de faire chuter la fréquentation de la place », selon Thomas Dossus (EELV), sénateur du Rhône.
Les activités illicites et autres incivilités qui s’étaient fortement accrues ces derniers mois avaient naturellement entraîné un sentiment d’insécurité croissant chez les habitants du quartier, provoquant par ailleurs la fermeture de certains commerces. « Mais aujourd’hui, les riverains peuvent se réapproprier l’espace public, les clients peuvent retourner faire leurs courses au Casino – qui était contraint de fermer ses portes à 17 heures –, grâce à la présence des policiers mais aussi aux animations créées par la Ville et par l’association des commerçants », précise Julien Deschamps.
Pour aller plus loin que le court terme, néanmoins, les commerçants et les collectivités, parmi lesquelles la mairie et la Métropole, demandent des solutions viables dans la durée. « La Guillotière est un quartier populaire, avec de nombreux problèmes de fond qu’il faudrait régler : ce n’est pas en nous mettant des policiers sur la place que les incivilités vont disparaître, elles vont juste se déplacer», estime le propriétaire du bar De l’autre côté du pont.
C’est pourquoi Pascal Mailhos, préfet du Rhône, a décidé le 15 décembre, lors d’une réunion avec Grégory Doucet (maire de Lyon), Bruno Bernard (président de la Métropole) et Nicolas Jacquet (procureur de la République de Lyon), la création d’une nouvelle brigade spécialisée de terrain (BST) dédiée aux secteurs de la Guillotière et de la Part-Dieu. Un choix qui s’explique par des « phénomènes de bascule » entre les deux zones : la présence de policiers à la Guillotière aurait en effet des répercussions sur le secteur de la Part-Dieu. « Lorsque nous renforçons la sécurisation de la Guillotière, nous avons un report immédiat des faits de délinquance vers la Part-Dieu » et vice-versa, a ainsi confirmé Nelson Bouard, directeur départemental de la sécurité publique, dans une interview à France Info.
La brigade sera composée à terme d’une trentaine de policiers « expérimentés », « présents sept jours sur sept » et ce, dès le début du mois de février. « Elle aura pour missions principales la sécurisation, la dissuasion et la lutte contre la délinquance, et sera très mobile et rapidement projetable, notamment grâce à sa parfaite connaissance du terrain, de ses acteurs et de la typologie de délinquance du territoire », a précisé le préfet du Rhône.
Parallèlement à la création de la brigade, Pascal Mailhos a annoncé la mise en place expérimentale, pendant trois mois, d’un groupe local d’identification de la Police aux frontières. Il devrait voir le jour début 2022 et sera chargé de renforcer les moyens d’identification pour appliquer une réponse pénale adéquate aux délinquants.
Pour apaiser complètement le quartier, ce renfort de policiers doit cependant s’accompagner « d’un engagement collectif et notamment de l’État, de la Métropole de Lyon ou encore de la Ville », selon la préfecture. C’est pourquoi certains élus et universitaires réfléchissent à des solutions complémentaires, sur le long terme, comme l’amélioration des infrastructures de la place Gabriel-Péri, l’accompagnement sociale de la jeunesse, l’appel de la culture ou encore la légalisation du cannabis.
2. Améliorer et réhabiliter les infrastructures de la place Gabriel-Péri
La Métropole a annoncé, lors du conseil communautaire en décembre, qu’elle dégageait un budget de 2,3 millions d’euros pour l’aménagement urbain de la place Gabriel-Péri. Une dimension essentielle à l’apaisement du quartier, selon Béatrice Vessiller (EELV), vice-présidente de la Métropole à l’urbanisme et au cadre de vie.
En mars 2022, la Métropole devrait entreprendre la réhabilitation de la traversée piétonne sur le cours Gambetta, afin entre autres de fluidifier la circulation. « Nous allons créer de nouvelles traversées piétonnes sur le cours Gambetta, ou encore supprimer certaines places de stationnement», commente Béatrice Vessiller.
Une concertation sur ce sujet, organisée par la Métropole, a pris fin la semaine dernière : « Nous allons en tirer le bilan et organiser le réaménagement à partir des décisions des habitants », pointe Béatrice Vessiller. « Nous pensons par exemple à la végétalisation du cours Gambetta mais aussi, pourquoi pas, à la piétonisation du quartier. »
Le réaménagement du quartier de la Guillotière ne semble toutefois pas être prévu dans l’immédiat. Le bilan de la concertation se fera seulement au début de 2022 et, pour l’instant, la vice-présidente de la Métropole ne souhaite pas définir de date précise pour le début des travaux : « Probablement en mars, mais nous en reparlerons, en fonction des résultats de la concertation. »
Du côté de la Ville de Lyon, d’autres projets sont en discussion, telle la suppression de l’arrêt de tram de la Guillotière. « Le tramway pourrait se rendre directement sur les quais, ce qui éviterait de couper la place en deux », explique Fanny Dubot, maire du 7e arrondissement de Lyon.
En effet, l’arrivée du tramway sur la place en 2012 et la construction des immeubles Clip (les grands immeubles en arcs de cercle en plein milieu de la place) n’ont pas contribué à un quelconque apaisement. « Cette place est coupée en quatre, il faudrait totalement la réaménager afin que les habitants se réapproprient l’espace », juge Romain Blachier (PS), ancien élu du 7e arrondissement (sous Gérard Collomb) et auteur de l’ouvrage Guillotière(s).
Le projet de supprimer l’arrêt de tramway, sur la table depuis quelques années maintenant, n’a jamais vu le jour principalement pour des raisons budgétaires, avance Sarah Peillon (LREM), nouvelle référente de La République en marche dans la métropole lyonnaise et habitante du quartier. « Nous allons d’abord mener des études pour voir si la suppression de cet arrêt aura un réel impact sur l’apaisement de la place », ajoute l’élue du 7e arrondissement.
Toutes ces solutions offriront un peu de sérénité au quartier de la Guillotière. « Ce qui est frustrant aussi, c’est que cette place se situe juste en face de la place Bellecour : on aimerait avoir un peu plus d’attention », conclut un commerçant.
3. Assurer un accompagnement social de la jeunesse
Pour Hervé Guéry, directeur du Compas, un bureau d’études qui analyse les besoins sociaux des territoires, la pérennisation d’un quartier passe avant tout par un « accompagnement social de la jeunesse ». Une piste déjà étudiée par Fanny Dubot mais aussi par Lucie Vacher, vice-présidente de la Métropole à l’enfance, à la famille et à la jeunesse. « Les familles qui habitent dans des quartiers pauvres sont celles qui recourent le moins aux services proposés par les politiques publiques », souligne Hervé Guéry.
Le premier enjeu important serait donc d’intervenir auprès des jeunes et des adolescents du quartier de la Guillotière en leur proposant un accompagnement d’abord éducatif, puis professionnel afin de les faire entrer sur le marché du travail le plus rapidement possible. « Nous allons travailler avec plusieurs structures d’accompagnement qui s’adresseront aux personnes les plus en difficulté – je pense entre autres aux femmes célibataires et aux mineurs », précise Fanny Dubot. La Ville de Lyon s’engage également à œuvrer « main dans la main » avec les riverains. « Pour atteindre nos objectifs, nous avons créé une Maison du projet dans laquelle nous menons des concertations avec eux. »
Du côté de la Métropole, un projet copiloté avec la Préfecture a débuté l’année dernière autour de l’accompagnement des jeunes « en errance ». « On ne travaille pas seulement pour le quartier de la Guillotière mais aussi pour l’ensemble de la ville », précise Lucie Vacher. « Nous avons mis en place des groupes de travail pour aider les jeunes en état de forte pauvreté. Ce sont souvent des jeunes en situation d’emprise, qu’il s’agisse de traite d’êtres humains ou d’emprise médicamenteuse, d’alcool ou de drogue. » Pour le moment, la Métropole a surtout fait un travail « d’état des lieux et de repérage », comme le rappelle Lucie Vacher. « Trouver des solutions concrètes pour apaiser tel ou tel quartier risque de prendre un certain temps. »
4. Légaliser le cannabis
Cela ne concerne qu’indirectement le quartier de la Guillotière, bien-sûr, mais la légalisation du cannabis peut aussi être vue comme une solution pour assécher les réseaux de trafiquants. À l’heure de la délibération sur le dispositif Tapaj (travail alternatif payé à la journée) et en réponse à Gérard Collomb, l’écologiste Grégory Doucet s’est dit favorable à la légalisation du cannabis « afin de mener une politique de prévention efficace ».
Un avis partagé par François Hollande. L’ancien président de la République s’est exprimé en ce sens dans Les Coulisses du Grand Lyon (à la 11e minute) : « Je pense que les Allemands vont nous montrer l’exemple. Je pense qu’il vaut mieux qu’il y ait une distribution contrôlée et réglementée avec des professionnels afin d’assécher le trafic dans les quartiers et donc de réduire les incivilités. »
En Allemagne, en effet, la coalition qui s’apprête à gouverner réfléchit aux modalités d’une réglementation, en s’inspirant d’autres pays où cela permet de lutter efficacement contre les trafics de drogue. De quoi, peut-être, donner des idées au gouvernement français, même si Emmanuel Macron semble désormais clairement opposé à la légalisation du cannabis.
5. Intégrer la culture
Les commerçants demandent que « la place du pont » fasse partie intégrante de la culture lyonnaise. « Si l’on arrive à intégrer la culture dans notre quartier – via un marché aux livres, par exemple – nous allons attirer de nouvelles personnes », assure Julien Deschamps. À la suite de cette demande, la Ville de Lyon a instauré des animations musicales ainsi qu’une fanfare le 18 décembre dernier. « Et l’association des commerçants a organisé une parade de Noël pour donner une image plus positive du quartier », complète Julien Deschamps.
Des jeux d’échec devraient également voir le jour, « comme à l’époque », au cœur de la place. Une logique essentielle pour Hervé Guéry : « Il faut absolument faire entrer des personnes de l’extérieur du quartier. Cela peut passer par un mélange des jeunes dans les établissements scolaires, mais aussi par l’appel de la culture dans le quartier en question. » Et de citer la ville de Quimper qui a su, en créant un festival de jazz dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville, attirer de nouveaux profils. « Cela a permis aux personnes de tous bords de se croiser et de dédramatiser la situation du territoire. »
Fanny Dubot, à l’image de Quimper, prévoit de mobiliser les acteurs socioculturels du quartier afin que les riverains puissent se réapproprier la place. « De notre côté, nous avions aussi pensé à réinviter la “fanfare des pavés”, qui présente des artistes d’origine maghrébine. À l’époque, les musiques traditionnelles avaient énormément ému les habitants du quartier. »
Julia Blachon
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